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    VLADIMÍR BIRGUS

Tres souvent, l’utilisation du support en couleur introduit dans la photographie trop de réalité affichée dans toutes les tonalités. Chez Vladimir Birgus, les photographies en couleurs évitent ce piege : la couleur devient le facteur qui introduit l’élément abstrait dans l’image. De grandes plages d’une couleur dominante apportent aux images des éléments irréels rappelant plutôt la peinture abstraite qu’une pure représentation de la réalité. Bien que le photographe utilise la possibilité de construire l’espace a l’aide de taches géométriques en 2D, ces travaux sont purement et manifestement photographiques. Ils ignorent les regles de la composition picturale traditionnelle en laissant en dehors du champ des fragments de figures et d’objets, en cassant la perspective, puisqu’ils superposent des plans tres voisins et tres lointains.

Réunir des éléments de représentation quasi abstraite et du reportage dans un seul cliché apporte un effet irréel a ces travaux. Des personnages photographiés (photos de personnes tres concretes saisies lors d’un mouvement ou au milieu d’un geste) donnent l'impression d’etre placés dans l'espace fictif d’une image abstraite déterminée par des taches de couleurs. Une rue quelconque bien connue et banale, représente soudainement une réalité secrete et inconnue.
Dans toutes scenes semblant spontanées et inattendues, nous découvrons non seulement un espace irréel mais également une association bizarre des formes. Deux figures féminines qui se ressemblent marchent sur un trottoir de Chicago. L’une marchant de face et l’autre de dos donnent l’impression d’etre le miroir l’une de l’autre.

Les ombres sur les photographies de Vladimir Birgus jouent toujours un rôle tres important. Elles créent un monde différent, parallele au monde ou les couleurs et la lumieres regnent, tout en étant aussi réel que ce dernier. En observant la photo de Rovinj, nous voyons trois ombres sur le côté droit, l’abîme noire au milieu ainsi que deux tâches rouges et lumineuses, on aperçoit aussi l’ombre du photographe. Ainsi apparaissent deux mondes : le monde de la lumiere et le monde de l’ombre. Deux mondes qui se touchent, se pénetrent et se multiplient.
La photo du danseur de Miami Beach montre des objets réels et des ombres créées par deux images pratiquement symétriques – un peu comme dans l'effet de miroir, ou l’un copie l’autre mais pas completement, ou l’ombre peut etre une fois reflet d’un objet et une autre fois reflet d’une ombre différente. Vladimir Birgus est maître dans l'art de la création qui suggere la relation de plusieurs réalités différentes dans une meme image. Il serait possible d’obtenir le meme effet en utilisant le photomontage de plusieurs négatifs. Mais dans son travail, il s’agit d’une photographie pure sans manipulation aucune. En général, le sujet du cliché se déroule sur plusieurs plans. Chacun donne l’impression de venir d’une autre dimension du temps. La photo des jongleurs sur la plage de Barcelone représente cinq personnes qui bougent indépendamment dans des unités du temps et d’espace différents.

En regardant ses photographies captant des moments d’action, nous pourrions croire qu’il est possible de commenter ces clichés comme on le ferait pour les séquences d’un film. Mais c’est impossible. Une pareille tentative trahirait le manque de communication entre les protagonistes et leur histoire. Les oeuvres de Birgus donnent l'impression qu'une seule prise de vue comprend des scenes de films différents. Elles représentent un " anti-film " qui interprete la réalité non comme une suite linéaire de faits (créant ainsi un lien " de cause a effet ") mais comme une co-existence des champs spatio-temporels.

Les photographies de Vladimir Birgus témoignent de l’existence de deux mondes paralleles. Elles apportent une connaissance plus réelle et plus profonde qu’un film pseudo-réaliste qui relierait artificiellement les fragments de notre réalité compliquée. Autrement dit : ces photographies montrent un autre aspect de la pluralité du monde actuel. Nous pouvons ressentir cette impression en suivant plusieurs personnes dans un groupe anonyme : chacun, en accord avec sa conscience, apporte une vision différente du monde. On peut aussi penser que ces photos rendent compte de la substance secrete de la réalité ou les choses et les ombres créent deux mondes enchevetrés qui se meuvent dirigés par des regles inconnues. Enfin, nous découvrons encore une autre signification ayant trait a l’incertitude de notre perception du monde : la réalité est souvent confondue avec l’illusion, et ce que nous percevons comme un contact direct ne peut etre qu’un simple tableau visuel, une abstraction que nous créons quand nous voulons saisir une réalité.

El¿bieta £ubowicz

ElŸbieta Lubowicz: Vladimír Birgus. French text from the book Vladimír Birgus: Photographies 1981-2004. KANT, Prague 2004.

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Cannes, 1980